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Sainte Marie-Madeleine (ancienne Chapelle des Carmes Dechaussés)

Ancienneté de la paroisse

Sainte Marie-Madeleine est fêtée le 22 juillet. Elle est peut-être cette pécheresse dont parle Saint Luc, qui versa du parfum sur les pieds de Jésus et à qui il pardonna ses péchés parce qu’elle avait beaucoup aimé. Elle est souvent représentée avec un vase de parfum. Elle accompagna aussi Jésus au Calvaire et fut la première à le reconnaître le matin de Pâques.

La paroisse qui lui est dédiée à Lille est très ancienne. Dés 1233, l’église est située hors les murs, dans les faubourgs de la Madeleine. L’agrandissement de la ville en 1617 fait entrer en territoire urbain la partie sud de la paroisse (qui sera desservie la nuit par le chapelain de Saint Vital dont l’édifice était alors au bas de la rue de Gand). L’église Sainte Marie-Madeleine, fortement endommagée lors du siège de Lille par Louis XIV en 1667, sera reconstruite intra-muros en 1675, rue du Pont Neuf, elle rappelle le dôme des Invalides par son plan et sa coupole. Cette importante coupole, qui culmine à 50 m de hauteur, lui vaut l’appellation familière de “Grosse Madeleine”.

En 1968, en raison de travaux urgents sur le gros oeuvre, les paroissiens doivent émigrer. Leur troisième lieu de culte sera la chapelle du couvent des Sœurs de l’Enfant Jésus – 59, rue de Gand. A cette époque, la chapelle vient d’être restaurée. Les religieuses acceptent qu’elle devienne l’église paroissiale provisoire. Elle le deviendra définitivement en 1991. La ville de Lille, propriétaire de la “Grosse Madeleine” en reprend l’usage.

Histoire de la Chapelle

Cette chapelle fut construite par les Carmes de l’ordre du Mont Carmel, Réformés par Sainte Thérèse d’Avila et Saint Jean de la Croix au 16ème siècle. Ils étaient appelés “déchaussés” ou “déchaux” car ils allaient pieds nus, en signe de pauvreté et de pénitence.

Ils édifièrent leur couvent derrière le rempart en 1623. La première chapelle brûla deux fois. Celle que nous connaissons a été construite à partir de 1646, achevée en 1669 et consacrée en 1676 par l’évêque de Tournai.

1708 : Les boulets des bombardements hollandais occasionnent des dégâts lors du siège de la ville

1791 : Pendant la Révolution, les religieux sont expulsés. l’église devient magasin d’habillement militaire, puis l’artillerie y loge chevaux et charretiers.

1856 : Le domaine des Carmes est vendu à la congrégation des Sœurs de l’Enfant Jésus, qui y installe sa maison Mère. Tous les bâtiments sont rasés sauf l’église.

1859 à 1865 : Reconstruction du couvent. Restauration de l’église avec modification : un mur isole la première travée derrière la façade pour en faire une petite chapelle ; les stalles sont installées face à face dans la nef centrale ainsi que des autels dans les chapelles latérales et un grand retable dans le chœur ; des tribunes sont créées à mi-étages dans les bas-côtés.

1888 : Lors de la mise en place d’un calorifère, découverte d’une crypte funéraire où des religieux étaient enterrés depuis 1646. Une rotonde sous le chœur donnait accès à un long couloir sous la nef, où se logeaient 200 (?) tombes superposées 2 à 2 dans les murs. Cette crypte, non explorée sérieusement à l’époque, est murée.

1934 : Inscription de la chapelle à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

1963-1968 : L’architecte Michel Vilain est chargé d’aménager et de restaurer la chapelle : suppression des tribunes des bas-côtés, des stalles et de la chaire ; nettoyage et peinture des murs ; découverte d’anges sculptés sous la corniche ; installation de l’autel face au peuple (réemploi du banc de communion). L’église retrouve son volume ancien avec bonheur : 16 m 60 le hauteur pour la nef centrale, 44 m de long sur 22 m de large.

2001 : Installation de l’exposition “Les fils d’Abraham” par la Citée de l’Evangile. Pendant toute la période de l’exposition l’église garde sa vocation d’église paroissiale de la Paroisse Saint Pierre du Vieux Lille.

Plan de l’église

C’est un plan basilical classique dans les églises de la Contre Réforme : trois nefs sans transept donnent sur trois absides en cul de four, abritant chacune un autel dédié à la Vierge à gauche, à Saint Joseph à droite, à l’Enfant-Jésus au centre.

L’attention est d’abord polarisée par le grand retable du centre, qui reprend dans un décor architectural grandiose, le thème d’un tableau de Van Ost le Jeune – 16ème siècle – que l’on peut admirer dans l’église Saint André rue royale : l’Enfant-Jésus envoyé par le Père pour sauver le monde. C’est en contemplant ce tableau que la Fondatrice des religieuses de l’Enfant-Jésus avait senti naître en elle la passion du salut des hommes. Pas étonnant, dés lors, que le thème en ait été repris dans cette église. Au-dessus du tabernacle, dans une gloire : l’Enfant-Jésus tenant la Croix, apparaît debout sur le globe terrestre soutenu par deux anges, tandis qu’un Dieu le Père, rayonnant, entourés d’anges, surmonte l’ensemble du retable. En choisissant ce sujet les Sœurs magnifiaient leur vocation.

En s’inspirant des décors somptueux du Bernin à Rome, au 17ème siècle, elles restaient dans l’esprit du temps de la construction de leur chapelle. Et si tout cela nous semble un peu figé, le symbole demeure.

La nef centrale est séparée des nefs latérales par deux rangées de colonnes galbées à chapiteaux ioniques qui laissent visible au maximum l’autel où se célèbre la messe. Une forte corniche à denticules fait le tour de cette nef, à la naissance de la voûte en plâtre, dessinée en plein cintre et aveugle.

Les voûtes latérales s’élèvent à 10 m 80. En brique enduite, elles sont supportées par des croisées d’ogives et des arcs doubleaux entre mur et colonnes, tandis que de grandes arcades à caissons, le tout en pierre, les séparent de la grande nef.

Les hautes fenêtres à vitraux sobrement décorés des nefs latérales inondent de lumière toute l’église.

Derrière les chapelles latérales sont deux sacristies reliées entre elles par un couloir, qui passe derrière le retable. Au-dessus de chacune d’elles, une petite pièce pouvait servir de chapelle privée aux religieux, car une fenêtre permet de voir le chœur.

La décoration sculptée des parois du chœur est d’origine. L’encadrement des portes des sacristies et des fenêtres qui les surmontent, (baies des oratoires et baies vitrées), ainsi que les niches (vers l’avant) les statues de Sainte Thérèse et de Saint Jean de la Croix, sont la version lilloise riche et à peine lourde des ornements connus en Flandre au 17ème siècle.

Dans la nef centrale, les écoinçons en haut des colonnes présentent des cartouches à tête d’angelot. Ils portent les armes du Carmel et les noms de Jésus, Maria, Joseph, Térésa. Des demi-corps de putti rappellent ceux des façades de la rue de la Bourse. Le reste de l’église est d’une élégante simplicité. L’esprit y trouve une harmonie apaisante.

Des peintures ornaient avant la Révolution le dessous des fenêtres. Le musée des Beaux Arts ne pourrait-il les sortir de ses réserves ?